Nanon et sa vache
Auguste Gaud
La petite Nanon, à la rose frimousse,
A conduit dans le val herbu sa vache rousse,
Qui broute le gazon sous les grands peupliers.
Les chèvres, les agneaux, les boucs et les béliers,
Dans les ombreux sentiers, parmi les vertes mousses,
Folâtrent et s’en vont broutant les jeunes pousses,
Tout le long des taillis épais et des buissons,
Où merles et linots égrènent leurs chansons.
Nanon aura douze ans aux prochaines vendanges ;
Son fichu de velours est tout garni de franges,
Et sa coiffe lui sied certes mieux qu’un chapeau ;
Sa joue a la fraîcheur d’une rose, sa peau
Est blanche comme un lys que vient frôler l’abeille ;
Et sa bouche est à la fraise des bois pareille,
Quand au soleil de mai le matin dans l’aiguail,
Elle brille comme une perle de corail...
À l’ombre d’une haie en fleur elle est assise,
Et dans ses blonds cheveux que caresse la brise,
Elle a mis des bleuets et de blancs liserons...
Sa vache rousse est là, dans l’herbe ; ses yeux ronds
Qui vous fixent parfois avec mélancolie,
Sont doux ; et de bon lait sa mamelle est remplie.
Ses cornes sur son front forment comme un croissant,
Or, elle suit l’enfant d’un regard caressant ;
Et, quand de son côté Nanon tourne la tête,
On voit soudain briller les doux yeux de la bête.
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