vendredi 11 septembre 2026

Édouard Michaud • Intimité | Les rendez-vous du vers

 







Intimité




Édouard Michaud





Je déteste le bruit tumultueux des foules
Et ne suis jamais mieux qu’en ma claire maison
D’où je vois dans le vent, à la belle saison,
Des bois voisins vers moi monter de vertes houles.

Je vis là sans contrainte avec mes deux enfants, 
Avec ma femme experte aux soins des ménagères,
Et les heures y sont rapides et légères
Comme le vif galop d’une troupe de faons.

Voici l’étroit réduit, là-haut, près des étoiles,
Où j’évoque parfois le tout petit pays :
Le jardin campagnard et son pied de maïs,
Les draps séchant, claquant à l’air comme des voiles ;

L’abreuvoir rose encor du grand soleil couché,
Plein de mufles de bœufs d’où l’eau s’égoutte en gemmes,
Et les toits de chez nous, obstinément les mêmes,
Faits de chaume où palpite un brin d’herbe accroché.

L’armoire aux livres dort dans la salle qui donne
Sur le roc limitant mon parterre exigu,
Et Le Roy m’y guérit de Samain trop aigu
Devant l’âtre automnal dont la bûche chantonne.

Mon regard s’intéresse aux objets familiers :
Les brocs étincelants et la vaisselle plate
Qu’un doigt naïf peignit de bouquets écarlates
Et de fleurons discrets disposés en colliers.

Leur place est au dressoir sculpté, toujours pareille,
Et ce sont des amis tels que l’on souffrirait
De ne plus percevoir leur cristal en arrêt
Et le luxe criard de leurs plantes vermeilles.

Enfin, j’ai par les soirs voluptueux et teints
Du bleu des mers sur qui s’en allait ma jeunesse
En un rêve si beau qu’on voudrait qu’il renaisse,
Les sons évocateurs de deux clochers lointains ;

Saint-Pierre et Saint-Michel semant d’alertes croches
Après l’Ave jailli lent et mystérieux...
Et quelque ancien chagrin me vient piquer les yeux
À suivre votre vol d’oiseaux lâchés, ô cloches !

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