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vendredi 25 septembre 2026

Blanche Tisseire • L’Héritage du vieux Farinel | Les rendez-vous du vers

 







L’Héritage du vieux Farinel




Blanche Tisseire






Le moulin délaissé depuis plusieurs années,
De son vieux Farinel semble porter le deuil.
L’Héritier dédaigneux en a fermé le seuil,
Tout cela n’est pour lui que choses surannées.

Surannés, ces longs bras où s’engouffrait le vent,
Que l’hiver transformait en palettes d’hermines,
Dans le logis désert l’Oubli vainqueur chemine,
Il rôde, à pas feutrés, des meules à l’auvent.

Surannés, ces habits, ce grand bonnet rustique,
Du pauvre Farinel qu’éveillait le matin.
Les sacs de grain étaient son grec et son latin,
Tout restait calme joie en son long rêve antique.

Ce rêve se bornait au talus de gazon
D’où le blé ressortait belle farine blanche :
La figure poudrée et le poing sur la hanche
Il regardait le soir descendre à l’horizon.

Ministre de Cérès qui fait la moisson blonde
Il aimait ce tableau qu’aimèrent ses aïeux,
Dans sa vieille routine il était orgueilleux
De bien moudre le blé, grand nourricier du monde,

Survivant d’un autre âge, il ne s’occupait pas
D’un gain plus élevé, d’un travail plus facile.
Au premier chant du coq il se levait docile
Sans voir qu’une grande Ombre accompagnait ses pas.

Cette ombre un jour glaça le souffle sur sa bouche,
Le logis animé devint silencieux,
L’Héritier le lorgnant d’un air insoucieux,
Murmura : « Rien ne vaut la peine que j’y touche

« Moulin, tes bras falots pourront dormir longtemps,
« Tes murs seront bientôt une affreuse masure,
« Ainsi qu’un vêtement fendu, rongé d’usure,
« Tu subiras tout seul les insultes du Temps.

« Le Village à tes pieds, s’étoile de lumière,
« Nulle électricité n’illumine ton front,
« Débris des jours passés, pardonne mon affront,
« Ma vie en deviendrait beaucoup trop coutumière ».

Pauvre vieux Farinel, ennemi du Progrès,
Tu ne connaissais pas cet Héritier avide
Qui t’oublia si vite et dont la main trop vide
N’a pas su t’effeuiller une fleur de regrets.