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jeudi 10 septembre 2026

Jules Mayor • Arc-en-ciel | Les rendez-vous du vers

 





Arc-en-ciel




Jules Mayor





Au-dessus du village, étalant ses soiries,
L’arc-en-ciel a jeté ses rubans de couleur...
Sous le soleil nouveau resplendit la prairie,
Et l’herbe, en frissonnant, se sèche à la chaleur.

Moissonneurs, chiens, chevaux, ils sont tous sur la route ;
La besogne avançait, la faux battait les blés,
Le tonnerre et l’éclair les ont mis en déroute ;
Ils ont reçu l’averse, impuissants et troublés...

Mais, maintenant, le ciel sourit à leur défaite,
Un pinson devant eux chante, sautille et court...
Un coq claironne au loin dans le village en fête,
Plus allègres, ils vont, sous leurs vêtements lourds...

Cependant qu’un peu d’eau tombe encor des feuillées,
Un nuage s’enfuit qui dormait sur les monts
Et, les parfums des foins et les terres mouillées,
Au souffle du vent frais, emplissent leurs poumons...

Ils songent au logis, aux âtres qui pétillent
En craquant (l’on dit que c’est signe de bonheur)
La bûche, les sarments et la fine broutille,
Car aujourd’hui, c’est feu de joie en leur honneur !

Au seuil de ta maison, attends, femme fidèle,
Enfant, ris au soleil de ton rire enfantin,
Barbotez les canards ! mets plus haut, hirondelle,
La moire de ton aile en le ciel de satin...

Et toi, pont gigantesque aux arches de lumière
Qui, le pied sur la côte et l’autre dans le val,
Des humbles laboureurs enjambe les chaumières,
Arc-en-ciel, sois pour eux, comme un arc triomphal !

samedi 30 novembre 2024

Jules Mayor • Poules | Les rendez-vous du vers






Poules




Jules Mayor





Poule, ma bonne campagnarde
Qui détestes notre cité,
Petits poulets, grasses poulardes
Picorant au soleil d’été,

Poule grise au pesant derrière,
Un gloussement est votre chant,
En vos habits de roturière,
Vous êtes bien filles des champs !

Humbles glaneuses de la glèbe,
Grains comme vers sont un régal.
Ainsi le pauvre, ainsi la plèbe
D’un rien font un repas frugal.

Et pourtant, poules symboliques,
Il fut un temps moins lourd d’impôts
Où tout un peuple bucolique
Rêvait de vous mettre en son pot !

Présagez-vous, bêtes dociles,
Ce triste sort sans quelque effroi,
En suivant la queue en faucille
De votre coq époux et roi ?

Vous grattez pour votre famille,
Ouvrières de nos fermiers,
Le sol où l’insecte fourmille...
Redressez-vous sur vos fumiers !

Grande est votre vertu dernière !
Pour ce bon plat qui n’est pas neuf
— Ô première des cuisinières ! —
Qui, mieux que vous, sait faire un œuf ?