dimanche 20 septembre 2026

Édouard Michaud • Gerbe baude | Les rendez-vous du vers

 







Gerbe baude




Édouard Michaud





Les sacs sont lourds de grain, la paille est sur la barge,
Et propice à l’ampleur des solennels repas,
La grange ouverte encadre, au gris d’un portail las,
Le ciel splendide et pur où fond un soleil large.

Jusqu’au seuil fauve on voit la table s’allonger
Et pour parer la nudité des nappes blanches,
Rampent en cercles verts, autour des plats, des branches
Où la rose aigre alterne avec l’œillet léger.

L’adisias gaillard des conviés résonne.
Le maître est au cellier qui perce une ample tonne.
On l’appelle et bientôt, sur l’excessif décor,

Préludant au banquet dont les apprêts s’achèvent,
Entre de rudes mains de gros verres se lèvent
Où le vin semble un doigt qu’on boit de ce soir d’or.

Maurice-Charles Marchand • Au retour d’un voyage | Les rendez-vous du vers

 







Au retour d’un voyage




Maurice-Charles Marchand





Tel un très vieux rimeur a préféré jadis
à l’illustre air latin « la douceur angevine »,
plus me plaît ma Lorraine harmonieuse et fine
que rivages marins et fabuleux pays ;

tant noble est le profil ami de ses collines
ou bien d’un fleuve large aux indolents replis
et tant plaisant et mol aux yeux endoloris
entre les ceps mûris ce sentier qui décline !

Plus parfaits chaque fois je trouve à mes retours
ses sites du grand roi, sa campagne aux contours
ordonnés pour porter des vestiges antiques ;

Ces soirs plus apaisés m’y sont beaux plus qu’ailleurs,
et j’y goûte surtout, mieux encor nostalgiques,
de septembre incliné les sourires en pleurs.

Aurélien Ridon du Mont aux Aigles • D’un horizon mêlant les rouges aux oranges… | Les rendez-vous du vers

 





« D’un horizon mêlant les rouges aux oranges… », poème n°110 de mon ouvrage n°8. 1133ème poème publiable.







D’un horizon mêlant les rouges aux oranges…




Aurélien Ridon du Mont aux Aigles





D’un horizon mêlant les rouges aux oranges,
Dîneront, simulant l’appétit des marais
Qui n’ont pas eu la pluie longtemps à leur chevet,
Les merlins avec l’orbe aux nues qui les démangent.

Les busards abusés par des proies sans valeurs,
Les accompagneront en faisant des alfanges
Du soleil, l’apocope, en coupant les phalanges
Qu’un cirrhus esquinté laissa pour ces cueilleurs.

Les paréidolies, des traits qui les arrangent,
Dans le sac de couchage aurifère du ciel,
Feront un blanc chalet se changer en castel,
Et d’un court coup de vent, se finir en mésange.

Des rayons pluriels, l’exemplaire dernier
Maintiendra des degrés de chaleurs très étranges
Sur la nuque plissée de rides en losanges
D’un doux observateur, de l’instant, jardinier.

Paul Barbier • Onze heures | Les rendez-vous du vers

 







Onze heures




Paul Barbier





Le soleil monte : il est onze heures.
Depuis l’aube, les paysans
Ont fui l’ombre de leurs demeures
Et fauché sous les deux cuisants.

La chaleur, qui mord leur visage,
Fait au loin craquer le blé mûr.
Là-bas, le clocher du village
Se dresse dans le clair azur.

Les moissonneurs laissent la gerbe
Que leurs mains viennent de lier.
L’homme cache sa faux sous l’herbe,
La femme ceint son tablier.

On s’appelle : « Allons ! à la soupe ! »
Et les cris répondent aux cris.
On part. On va, groupe par groupe,
Par les petits sentiers fleuris.

Comme des aigles sur les crêtes
Des grands monts hantés des grands vents.
On aperçoit courir des têtes
Au-dessus des épis mouvants !

Et les plaines restent désertes
Et l’on n’entend plus rien aux champs
Que le cri des cigales vertes
Qui redoublent leurs aigres chants.

mardi 15 septembre 2026

Édouard Michaud • Le pâtre | Les rendez-vous du vers

 







Le pâtre




Édouard Michaud





Nul ne dirait son âge. Il va, depuis toujours,
Aux extrêmes pâtis conduire un troupeau maigre,
Et spectre en son manteau dont le bleu tourne à l’aigre,
Hante, pensif, l’écran harmonieux des jours.

Pendant que paît l’ouaille, il s’assied et se fige
Près des genêts d’où monte une odeur tiède — et suit
Le soir graduel croître au point d’être la nuit,
Toucher d’or et faner l’eau qui stagne et la tige.

À quoi peut-il rêver ? Dieu le sait. Mais souvent
J’ai désiré sa halte éternelle en plein vent,
Que le soleil dur cuise ou que la brise passe.

Captif d’un bureau triste, en mes désirs fougueux,
J’ai souhaité souvent d’être parfois ce gueux,
Qui promène un regard d’empereur sur l’espace.