Arc-en-ciel
Jules Mayor
Au-dessus du village, étalant ses soiries,
L'arc-en-ciel a jeté ses rubans de couleur...
Sous le soleil nouveau resplendit la prairie,
Et l'herbe, en frissonnant, se sèche à la chaleur.
Moissonneurs, chiens, chevaux, ils sont tous sur la route ;
La besogne avançait, la faux battait les blés,
Le tonnerre et l'éclair les ont mis en déroute ;
Ils ont reçu l'averse, impuissants et troublés...
Mais, maintenant, le ciel sourit à leur défaite,
Un pinson devant eux chante, sautille et court...
Un coq claironne au loin dans le village en fête,
Plus allègres, ils vont, sous leurs vêtements lourds...
Cependant qu'un peu d'eau tombe encor des feuillées,
Un nuage s'enfuit qui dormait sur les monts
Et, les parfums des foins et les terres mouillées,
Au souffle du vent frais, emplissent leurs poumons...
Ils songent au logis, aux âtres qui pétillent
En craquant (l'on dit que c'est signe de bonheur)
La bûche, les sarments et la fine broutille,
Car aujourd'hui, c'est feu de joie en leur honneur !
Au seuil de ta maison, attends, femme fidèle,
Enfant, ris au soleil de ton rire enfantin,
Barbotez les canards ! mets plus haut, hirondelle,
La moire de ton aile en le ciel de satin...
Et toi, pont gigantesque aux arches de lumière
Qui, le pied sur la côte et l'autre dans le val,
Des humbles laboureurs enjambe les chaumières,
Arc-en-ciel, sois pour eux, comme un arc triomphal !