Le faure
Édouard Michaud
Dans sa forge, antre noir où la flamme est pareille
À la rouge splendeur des ronds soleils d’hiver,
Vers l’enclume qui tinte aux chocs du marteau clair
Il se penche, vermeil dans sa barbe vermeille.
Tordant en arc fendu le fer double des bœufs,
Battant la faux qui sonne et d’où part l’étincelle,
Il prépare, et son front éclatant en ruisselle,
Le deuil qui suit la fauche aux flancs des tucs herbeux.
Juin commence et la nuit descend, pure. Il persiste
Un peu du couchant mort dans le ciel presque triste.
Plus de pâtre attardé et le vide est total.
Et grandi d’être seul, le faure qui s’obstine
Semble, sculpté du feu dont l’ardeur le patine,
Un dieu de bronze neuf prêt pour le piédestal.
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