Les terrassiers
Maxime Coutin
Tout le jour, au soleil, ils ont fouillé les roches,
Ne s’arrêtant parfois que pour boire à longs traits.
Mais le soir est venu ; rajustant leurs bérets,
Aux fossés de la route ils déposent leurs pioches.
Pas traînant, tête basse et les poings dans les poches,
Courbés par un labeur qui brise les jarrets,
Ils vont, cherchant l’accueil bruyant des cabarets
Où le sol carrelé claque sous les galoches.
Taciturnes et las, sans rêve et sans espoir,
Ils s’accoudent en groupe au rebord du comptoir
Dont la table d’étain reluit au fond d’un bouge ;
Cependant qu’à la porte ou rôdant à l’écart
Les filles en cheveux suivent d’un lent regard
Leurs torses modelés par la ceinture rouge.