La moisson bleue
Angély Andrieu
Un vent frais fait frémir les sapins sur les pentes,
Ride, au creux du vallon, l’eau du lac endormi,
Et vers le mont drapé de vapeurs à demi
Va, gonflé du parfum des sauges et des menthes.
Une invisible main lève, comme une mante,
De l’épaule du pic frileux le brouillard gris ;
Sur le pas du Berger, un troupeau de cabris,
Cornes hautes, au flanc des rochers bruns, serpente.
Et le ciel est un champ immense de bleuets
Où la brise éparpille un vol blanc de duvets ;
Or, le temps est venu de la moisson florale :
Le char des moissonneurs entre dans le sillon,
Et le monde ébloui voit, dans un tourbillon,
Tourner le moyeu d’or de la roue aurorale.