Labeur
Édouard Michaud
C’est un matin fumeux dans le soleil d’octobre,
Un fin soleil pensif de l’hiver qui accourt.
Des coqs chantent, la treille est jaune sur la cour
Et le parc frais s’éteint, plus intime et plus sobre.
Dans la friche un soc peine et couleur d’épi clair,
Un bœuf tire du col et des jarrets, docile,
Heurtant la plante rèche où quelque aragne file
Du brouillard de son mufle et de l’arc de son fer.
L’homme siffle, poussant le soc de ses bras rudes,
Un couplet que jadis dut siffler son aïeul.
Et son maigre profit qui grandit d’être seul,
S’enlève sur un fond d’agrestes solitudes.
Comme une nef d’argent, le soc s’ouvre un chemin
Dans l’ajonc qu’on brûla, la bruyère et la ronce,
Hésite aux blocs pierreux, se ressaisit et fonce,
Prompt artisan du blé qu’on sèmera demain.
Un oiseau part jailli d’une touffe qu’il frôle,
Un rat s’efface au trou qu’il découvre en passant,
Et le bœuf va toujours, solennel et puissant,
Le pli bref de l’effort le zébrant aux épaules.
Le groupe altier décroît, sillons après sillons,
Et le soleil perçant les vapeurs qu’il condense
S’érige devant lui comme une fleur immense,
Dont les pistils soudains seraient faits de rayons.
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