vendredi 11 septembre 2026

Georges Quiquemelle • Les faucheurs | Les rendez-vous du vers

 







Les faucheurs




Georges Quiquemelle





Ils ont, dès le matin, commencé leur ouvrage,
Justin, bras retroussés, s’acharne avec courage
À détacher du sol l’opulente moisson
Qu’ondule le zéphyr et secoue un frisson.
À chaque coup de faulx que l’ouvrier rejette,
Sans jamais s’égarer la paille se projette,
En faisceau symétrique aux doigts du javelier ;
Nannette va derrière et dans son tablier,
D’un mouvement savant que complète l’étrape,
Ramasse à reculons toute une énorme grappe
Qu’à peine elle maintient de son buste courbé,
Et tous les deux, après chaque sillon tombé,
Reviennent sur leurs pas recommencer encore.
Ce matin, en pleurant le départ de l’aurore,
La rosée avait bien alourdi le jupon
Court de Nannette, mais le grand soleil fripon
Sait réparer l’injure et par sa vive flamme
Faire rêver Justin d’un doux épithalame.
Vers l’éteule penchés jusqu’au soleil couchant,
Tous deux touchent enfin à l’autre bout du champ,
Alors, le coup de faux entr’ouvre une clairière
Où l’haleine du soir arrive tout entière.
Puis le départ s’annonce autour des ateliers,
Les faucheurs à l’épaule ont mis leurs javeliers,
Tout en faisant un choix de joyeuses romances
Que lancent aussitôt des poitrines immenses,
Et ces beaux chants du soir, quand la plaine s’endort,
Sont comme une prière après le dur effort.

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