samedi 3 octobre 2026

Louis Duplain • Intérieur paysan | Les rendez-vous du vers

 







Intérieur paysan




Louis Duplain






Auprès de la fenêtre aux rideaux de colon
La table de sapin, blanche et bien équarrie ;
Le dressoir aux vieux plats où des amants se rient
Des injures du temps, sous un galant dicton ;

Balançant lentement son disque de laiton
L’horloge entre Joseph et la Vierge Marie
Et, pris entre sa gaine et la tapisserie,
L’almanach rapporté du chef-lieu de canton ;

Un globe au milieu d’un bahut qui se cironne,
Où des fleurs d’oranger jaunissent en couronne ;
Un lit large et profond aux rideaux étouffants,

Où meurent les aïeux, où naissent les enfants,
Et creusant de son poids la couverture bleue,
Un chat rouge qui dort le museau sous sa queue.

Édouard Michaud • Le faure | Les rendez-vous du vers

 







Le faure




Édouard Michaud






Dans sa forge, antre noir où la flamme est pareille
À la rouge splendeur des ronds soleils d’hiver,
Vers l’enclume qui tinte aux chocs du marteau clair
Il se penche, vermeil dans sa barbe vermeille.

Tordant en arc fendu le fer double des bœufs,
Battant la faux qui sonne et d’où part l’étincelle,
Il prépare, et son front éclatant en ruisselle,
Le deuil qui suit la fauche aux flancs des tucs herbeux.

Juin commence et la nuit descend, pure. Il persiste
Un peu du couchant mort dans le ciel presque triste.
Plus de pâtre attardé et le vide est total.

Et grandi d’être seul, le faure qui s’obstine
Semble, sculpté du feu dont l’ardeur le patine,
Un dieu de bronze neuf prêt pour le piédestal.