Les clochers
Jacques Martel
Je vous aime, ô clochers des petites églises,
Qui levez vos fronts purs vers les cieux infinis,
J’aime vos trous moussus entre les tuiles grises
Où les petits oiseaux, en Avril, font leurs nids.
J’aime vos toits pointus, ô clochers de villages
Émergeant tout à coup des chaumes d’alentour ;
Vous êtes les amis qu’après les longs voyages,
On aperçoit de loin, les premiers, au retour…
Je vous aime bien mieux, petits clochers rustiques,
Simples et droits, pareils au cœur des paysans,
Que les clochers à jours des chapelles gothiques
Factices et légers comme l’âme des grands.
Je vous aime, ô témoins de nos luttes humaines,
Vous dont la voix d’airain nous gronde quelquefois…
Bons clochers qui dressez au-dessus de nos haines
Et l’humble croix du Christ et le vieux coq gaulois.
Je vous aime à tel point que ma prière tremble
Quand je demande au ciel que, par un soir vermeil,
À l’ombre d’un clocher lointain qui vous ressemble,
Je puisse aller dormir mon éternel sommeil…
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