dimanche 20 septembre 2026

Aurélien Ridon du Mont aux Aigles • D’un horizon mêlant les rouges aux oranges… | Les rendez-vous du vers

 





« D’un horizon mêlant les rouges aux oranges… », poème n°110 de mon ouvrage n°8. 1133ème poème publiable.







D’un horizon mêlant les rouges aux oranges…




Aurélien Ridon du Mont aux Aigles





D’un horizon mêlant les rouges aux oranges,
Dîneront, simulant l’appétit des marais
Qui n’ont pas eu la pluie longtemps à leur chevet,
Les merlins avec l’orbe aux nues qui les démangent.

Les busards abusés par des proies sans valeurs,
Les accompagneront en faisant des alfanges
Du soleil, l’apocope, en coupant les phalanges
Qu’un cirrhus esquinté laissa pour ces cueilleurs.

Les paréidolies, des traits qui les arrangent,
Dans le sac de couchage aurifère du ciel,
Feront un blanc chalet se changer en castel,
Et d’un court coup de vent, se finir en mésange.

Des rayons pluriels, l’exemplaire dernier
Maintiendra des degrés de chaleurs très étranges
Sur la nuque plissée de rides en losanges
D’un doux observateur, de l’instant, jardinier.

Paul Barbier • Onze heures | Les rendez-vous du vers

 







Onze heures




Paul Barbier





Le soleil monte : il est onze heures.
Depuis l’aube, les paysans
Ont fui l’ombre de leurs demeures
Et fauché sous les deux cuisants.

La chaleur, qui mord leur visage,
Fait au loin craquer le blé mûr.
Là-bas, le clocher du village
Se dresse dans le clair azur.

Les moissonneurs laissent la gerbe
Que leurs mains viennent de lier.
L’homme cache sa faux sous l’herbe,
La femme ceint son tablier.

On s’appelle : « Allons ! à la soupe ! »
Et les cris répondent aux cris.
On part. On va, groupe par groupe,
Par les petits sentiers fleuris.

Comme des aigles sur les crêtes
Des grands monts hantés des grands vents.
On aperçoit courir des têtes
Au-dessus des épis mouvants !

Et les plaines restent désertes
Et l’on n’entend plus rien aux champs
Que le cri des cigales vertes
Qui redoublent leurs aigres chants.

mardi 15 septembre 2026

Édouard Michaud • Le pâtre | Les rendez-vous du vers

 







Le pâtre




Édouard Michaud





Nul ne dirait son âge. Il va, depuis toujours,
Aux extrêmes pâtis conduire un troupeau maigre,
Et spectre en son manteau dont le bleu tourne à l’aigre,
Hante, pensif, l’écran harmonieux des jours.

Pendant que paît l’ouaille, il s’assied et se fige
Près des genêts d’où monte une odeur tiède — et suit
Le soir graduel croître au point d’être la nuit,
Toucher d’or et faner l’eau qui stagne et la tige.

À quoi peut-il rêver ? Dieu le sait. Mais souvent
J’ai désiré sa halte éternelle en plein vent,
Que le soleil dur cuise ou que la brise passe.

Captif d’un bureau triste, en mes désirs fougueux,
J’ai souhaité souvent d’être parfois ce gueux,
Qui promène un regard d’empereur sur l’espace.

Jacques Martel • Les clochers | Les rendez-vous du vers

 







Les clochers




Jacques Martel





Je vous aime, ô clochers des petites églises,
Qui levez vos fronts purs vers les cieux infinis,
J’aime vos trous moussus entre les tuiles grises
Où les petits oiseaux, en Avril, font leurs nids.

J’aime vos toits pointus, ô clochers de villages
Émergeant tout à coup des chaumes d’alentour ;
Vous êtes les amis qu’après les longs voyages,
On aperçoit de loin, les premiers, au retour…

Je vous aime bien mieux, petits clochers rustiques,
Simples et droits, pareils au cœur des paysans,
Que les clochers à jours des chapelles gothiques
Factices et légers comme l’âme des grands.

Je vous aime, ô témoins de nos luttes humaines,
Vous dont la voix d’airain nous gronde quelquefois…
Bons clochers qui dressez au-dessus de nos haines
Et l’humble croix du Christ et le vieux coq gaulois.

Je vous aime à tel point que ma prière tremble
Quand je demande au ciel que, par un soir vermeil,
À l’ombre d’un clocher lointain qui vous ressemble,
Je puisse aller dormir mon éternel sommeil…

Émile Raguin • Heure sainte | Les rendez-vous du vers

 







Heure sainte




Émile Raguin





C’est l’heure d’arrêter, en cette fin du jour,
Les peines et les pas des chevaux de labour.
Alors en m’appuyant sur ma vieille charrue,
Je prends quelque repos : l’heure sainte est venue.
Le soleil rougeoyant s’écrase à l’horizon.
Comme un feu qui vacille et couve le tison,
Il emplit le beau ciel d’une lumière rose
Et le calme du soir descend sur chaque chose.
Le champ que j’ai tracé semble attendre la nuit,
L’ombre monte en son sein, quelque motte reluit
Et la terre rêvant de nouvelle semence
En donnant au hasard sa sauvage fragrance,
À travers le chaos de mon labour récent
Exhale au vent du soir son désir innocent !