« Des monts piquaient la plaine… », poème n°54 de mon ouvrage n°11. 1577ème poème publiable.
Des monts piquaient la plaine…
Aurélien Ridon du Mont aux Aigles
Des monts piquaient la plaine à dominante d’or.
Les contrées s’enjouaient qu’ils les capitonnassent
Ainsi et qu’à leurs pieds se déroulât la passe
Des grands rythmes du cru, tissés, creusés encor.
L’on trouvait de partout à guetter quelque chose :
Dans un champ blond d’aspect, d’un alouet, l’essor,
Dans la faune sachant le temps lent comme fort,
De tout état séquent, la juste et noble cause.
Les houes allaient gaîment, de même socs et faulx,
Avecque — va de soi — diverses intervalles ;
La guède ample teintait des maillots vite sales
Qu’on menait au lavoir après l’aube, très tôt.
Les silences qu’avaient entre eux les hameaux sveltes
Quand le matin puissant s’écartelait et gourds
Quand semblait le tenir au col le point de jour,
Étaient scindés parfois d’un vieux chalumeau celte.
Et seuls trois qu’ils étaient, loin, forpaîssaient des bœufs,
Dans un pâquis dont l’herbe était la couturière ;
Et sur le bord d’un ru plein d’ourlets de fléchières :
L’hymen d’une grenouille et d’un crapaud bulbeux.
Les chemins menaient tous à des jardines drues
Dont les gardiens étaient des maïs plus que droits ;
L’on y musait avec la peur d’y avoir froid,
Lorsque passait l’hiver dans le trait des charrues.
Les sentes les croisaient. Le tuf déjà perclus
D’antiques croix bornait quelquefois leurs rencontres ;
L’on y errait chauffé d’un être serré contre
Soi quand durait l’hiver d’octobre à mars, sa bru.
Il y avait des vers à faire en toutes scènes
Et, d’autres à l’ajout, des strophes à leurs pieds,
Lyre ardente que n’eût pu éteindre un pompier
Ni des pluies car un vers tout autre eût pris leurs rênes.
Il y avait des bancs de santoline — fleurs
D’or n’étant qu’ici pour illuminer la marge
Des pacages ayant tant de bœufs à leur charge
Et d’herbe dont ils sont tous encor les tuteurs.
Les femmes du village étaient rudement vieilles
Avant l’heure traduite à peine par leur teint ;
Passage d’ans trahis au retour du bottin
Chaque année, aminci des défunts de la veille.
Le trait des percherons, plus vaillants que couards,
Rassurait plus tard l’âtre avec des bûches fraîches ;
L’on était à son feu comme chèvre à sa crèche.
Dans l’espace tintait un cri de paonne au soir.
Dans le giron du cru, tout était fait pour être,
Tout ce que notre temps a rendu désuet ;
Entre un mesnil et deux très cossus castelets,
Passait un ru lieur seul connu de l’ancêtre.
Les fermettes poussaient comme des champignons
Mais le temps les fripa comme des gyromitres,
Et sur leur lourd torchis aux trous exempts de vitres,
Du charme triangule encor leurs vieux pignons.
