mardi 10 septembre 2024

Daniel Sivet • Les montagnardes | Les rendez-vous du vers






Les montagnardes




Daniel Sivet





La montagne les vit naître, elle les verra
Mourir. Si leur taille est moins assouplie et fine,
Elles ne coiffent pas la Sainte Catherine :
C'est d'elles que l'enfant de la glèbe naîtra.

De bonne heure, leur teint à l'air se hâlera,
Sans altérer en rien leur saine bonne mine.
Quand elles oseront, de leurs voix argentines,
Une ancienne chanson, le vent l'emportera.

Leur langage a l'accent du bon patois sonore
Qui marche droit au but sans phrase et métaphore,
Et ne sait qu'un refrain de ballade, très vieux.

La semaine finie, en respect du dimanche,
Timides, à l'écart des regards envieux,
Elles ont seulement une coiffe plus blanche.

lundi 9 septembre 2024

Marie Dauguet • Clarté de l'aube | Les rendez-vous du vers






Clarté de l’aube




Marie Dauguet





Clarté de l’aube chaste aux ailes des colombes,
Givre laiteux, fardez les bois ; tremblez rayons
Sur les lys entrouverts à la pierre des tombes,
De lilas bleuissants parez les noirs sillons.

Clarté de l’aube rose au cou des tourterelles,
Brouillard vermeil, coulez à l’écume des eaux,
Frémissante rosée ensanglantant les prêles
Qui nimbez d’incarnat la fuite des bouleaux.

Splendeurs du jour nouveau, en roses triomphales
Fleurissez les jardins merveilleux de la nuit
Et mêlez à la brise aux joyeuses rafales,
Le sang des calices larges épanouis.

L’Amour s’éveille et tend sa lèvre inassouvie
À l’humide parfum des jeunes voluptés
Et verse à son désir, roses, votre ambroisie,
Meurtrissant vos langueurs de baisers indomptés.

Les chevreaux piétinent l’argent frais des fontaines,
Boivent le jour naissant épars en leurs reflets,
Et le berger frileux sous sa cape de laine
Dessine au milieu d’eux son profil violet,

Et sa flûte répand, pour charmer l’aube rousse,
Son murmure, pendant qu’à son fruste amoureux
Elle sourit debout et les pieds dans la mousse,
Tordant à son front l’or mouillé de ses cheveux.

lundi 2 septembre 2024

Emmanuel Vitte • Labour | Les rendez-vous du vers






Labour




Emmanuel Vitte





À peine l'aube grise ajourait l'horizon,
Débrouillant par degrés les coteaux et la plaine,
À l'heure où le fermier a quitté sa maison,
Avec ses bœufs trapus à la fumante haleine.

Comme un sceptre, il a pris en main son aiguillon,
Après avoir lié le joug en bois de frêne
Aux fronts des ouvriers superbes du sillon :
Les voici sur la glèbe où la brume se traîne.

Fier de voir se courber ses bœufs à son appel,
L'homme enfonce le soc dans le sol qu'il déchire,
Telle une chair vivante où plonge le scalpel :

Il sait que pour porter la moisson qu'on admire,
Bien avant que l'épi ne frissonne au grand jour,
La terre doit saigner sous le fer du labour.

samedi 31 août 2024

Édouard Michaud • Faneuse | Les rendez-vous du vers







Une autre version du poème donne, au quatrième vers, froid et non frais.

Puis le septième et le huitième vers sont littéralement différents :

Et le vent est plus doux tant la belle superbe
Avec ses bandeaux courts bruns sur son front étroit.

Et enfin, au vers terminal, étreint remplace éteint, ce qui semble, dans ce deuxième cas plus approprié ; mais j'ai laissé la première version telle quelle, tant l'oisif qu'est le vent dont le sud fait son verbe me semblait irremplaçable.

lundi 3 juin 2024

Charles Chalmette • La boucherie | Les rendez-vous du vers






Aurélien Ridon du Mont aux Aigles • Concoctage | Les rendez-vous du vers





« Concoctage », poème n°139 de mon ouvrage n°6. 698ème poème publiable.



Jean Le Sage • Aux abreuvoirs | Les rendez-vous du vers






Aux abreuvoirs




Jean Le Sage





L'été, le soir des jours brûlants,
Les bœufs vont des grasses prairies,
Tout le long des berges fleuries,
Calmes et doux, à pas très lents ;

Ils vont aux gués, les beaux bœufs blancs,
Dans les sources jamais taries
Rafraîchir leurs gorges meurtries,
Laver leurs gros fanons ballants.

Et quand, joyeux, dressant leur queue
Ils plongent dans cette onde bleue
Où flambe le couchant vermeil,

Il semble qu'en l'eau qui rougeoie,
De leur large narine, on voie
Tomber des gouttes de soleil.