vendredi 15 novembre 2024

Léonce Depont • La maison | Les rendez-vous du vers






La maison



Léonce Depont




Non loin du pauvre champ que l'humble main cultive,
À l'endroit où le pré se termine en sentier,
Dans la vieille maison, coud la compagne active
De l'homme, du labeur des aïeux héritier.

Tous deux, bien que s'affaisse et geigne la solive,
Sont heureux là : leur cœur s'y donne tout entier.
Semer le blé, faucher l'herbe, cueillir l'olive,
Respirer en passant l'odeur d'un églantier :

Voilà leur vie. Émus, candides et fidèles,
Dans le jardin rempli d'oiseaux et d'asphodèles,
Leur travail achevé, tous deux viennent s'asseoir

Devant la maison grise où les aristoloches
Grimpent, pour écouter, dans l'air calme du soir,
Se plaindre l'âme errante et lointaine des cloches.

mercredi 30 octobre 2024

Léon Duvauchel • Printemps projeté | Les rendez-vous du vers






Aurélien Ridon du Mont aux Aigles • Un souffle matinier... | Les rendez-vous du vers





« Un souffle matinier... », poème n°34 de mon ouvrage n°4. 493ème poème publiable.

Henry Muchart • Vers les neiges | Les rendez-vous du vers






Vers les neiges



Henry Muchart




Après avoir sellé les vifs petits chevaux
À la clarté d'une lanterne dans l'étable,
On part en pleine nuit, sous les seules étoiles,
À travers le village où bêlent les troupeaux.

Les sabots des chevaux résonnent sur la route,
Puis viennent les sentiers grimpant à travers bois,
Une pointe de jour a glacé le ciel froid
Et, dans l'air qui fraîchit, l'aube frissonne toute.

Les pics bouleversés d'un chaos de rochers
Sont tout roses de la lumière matinale
Et, dans le ciel plus pâle où fondent les étoiles,
Quelques flocons légers commencent à monter.

Maintenant, c'est la paix des pures Pyrénées,
À peine un cri d'oiseau passant sous le ciel lourd,
Un gave qui s'écroule avec un long bruit sourd
Et qui semble immobile au fond de la vallée.

Pour gravir les derniers sommets, on a laissé
Dans la stérilité des solitudes mornes,
Les chevaux fatigués manger l'avoine blonde
Et tremper leurs naseaux dans le ruisseau glacé.

Le bleu panorama des montagnes s'étage
Et des villages clairs s'éparpillent au loin ;
La neige, enfin ! la neige en un creux de ravin
Apparaît, vierge et pure et divinement blanche.

Et c'est d'une saveur étrange, en l'air piquant,
Sous le soleil terrible en ces roches brûlées,
De sentir des fraîcheurs de neige immaculée
Voluptueusement, vous fondre entre les dents.