samedi 26 octobre 2024

Alfred Descarries • L'hiver aux champs | Les rendez-vous du vers






L'hiver aux champs




Alfred Descarries





La neige tourbillonne, et sur la route blanche
Les grelots aux tons clairs égrènent leur chanson…
La morsure du froid fait gémir chaque branche,
Mille larmes d’argent scintillent au glaçon !…

On dirait qu’un encens s’élève de la terre
Où le sillon repose en un calme sommeil,
Et le bon paysan de sa demeure austère
Contemple son champ triste attendant le réveil !…

L’aïeul se chausse au feu d’une bûche d’érable.
Il a conquis l’aisance à force de labeurs !
Et regarde attendri les petits â sa table…
Demain… ces petits-là seront des laboureurs !…

Et pendant que la neige en flocons, grave, tisse
L’éphémère linceul de la fécondité,
L’aïeul demande au ciel qu’il protège et bénisse
Les foyers et les champs de sa postérité !…

lundi 21 octobre 2024

Édouard Michaud • Los | Les rendez-vous du vers






Los



Édouard Michaud




C'est fête au cher pays, trop longtemps méconnu
Et qui doutait, il semble, ou s'ignorait lui-même,
Et sous le pur soleil, éclatant d'azur nu,
On fait mieux qu'exalter sa splendeur verte, on l'aime.

Il est si doux. le cher pays, soit que l'étang,
Parmi les glaïeuls plats, tremble à l'air ou miroite ;
Ou qu'alerte et fuyant sa coupe trop étroite,
La source fraîche s'offre au ruisseau qui se tend.

Il est si doux quand l'avril passe et que les branches,
S'enivrant aux pommiers de son allègre appel,
Pour rendre encor plus bleu le bleu divin du ciel,
S'enveloppent du givre odorant des fleurs blanches.

Il est si doux dans ses pacages et ses bois,
Ses chemins creux où rit l'éclair bref des fontaines,
Dans l'outremer léger de ses crêtes lointaines
Et l'émail de ses fleurs où se poissent nos doigts.

Il est si fort, le cher pays, dans le tronc vaste,
Près duquel n'atteint pas l'orgueil d'or des midis,
Des châtaigniers géants, puissamment arrondis
Sur la mer des blés noirs qui les bat d'un flux chaste.

Il est si plein d'une âme triste, il est si plein
D'une âme nostalgique et qui vaut qu'on l'atteigne,
Avec ses rocs d'exil où la bruyère saigne
Et sa lande indigente où tout semble orphelin.

Doux, fort, méditatif, l'admirable équilibre !
Et se peut-il rêver sol plus humain au cœur
Que celui qui jamais oppressant et vainqueur,
Chante ou pleure avec moi, lui discret et moi libre ?

samedi 19 octobre 2024

Francis Clerc • La moisson | Les rendez-vous du vers






Mots clefs : poesie agreste, poeme traditionnel, poeme champetre, poeme du terroir, poesie du terroir, poesie rurale, poesie rustique, poeme rustique, poete comtois, litterature du terroir.

vendredi 11 octobre 2024

Achille Millien • Dans la lande | Les rendez-vous du vers






Dans la lande




Achille Millien





Le choucas enroué, de son cri tel qu'un râle
Attriste le terrain désert, inculte et plat,
Où rampe la lueur d'un soleil sans éclat
Qui, dans le brouillard gris, plaque un disque d'or pâle.

L'espace est vide. À l'aise, en sifflant, l'âpre chœur
Des vents d'automne court sur les ajoncs moroses  ;
Non, jamais plus qu'ici, le deuil profond des choses
N'a de mélancolie imprégné tout mon cœur !

Nul soc n'a fécondé cette terre muette,
Dont un maigre gazon verdit le flanc moussu…
Mes regards dans le vague ont soudain aperçu
Un être humain dressant sa longue silhouette.

L'homme en plein fond de ciel semble immense : alentour
Aucun arbuste, aucun n'égale sa stature ;
Il conduit un troupeau dans la morne pâture,
Seul au matin naissant, seul au déclin du jour.

À quoi rêve cette âme à tel sort asservie ?
Et qu'importe au pasteur en son isolement
Ton tumulte, univers ?.. Devant lui, brusquement
J'entrevois la grandeur, la pitié de la vie.

Son chien noir, hérissant le poil, jappe à l'écart,
Puis se tait en grognant sur un signe du maître,
Tandis que ses moutons s'interrompant de paître
Fixent sur moi leur vague et timide regard.

Immobile et drapé, lui, dans sa limousine.
— « Camarade, bonjour ! lui dis-je en m'approchant,
Quand donc arriverai-je au bout de votre champ
Je voudrais faire halte à la ferme voisine. »

D'un geste ample étendant le bras vers l'horizon
Et d'une étrange voix qui chevrote et qui pleure :
— «  Si vous marchez toujours devant vous plus d'une heure,
Vous trouverez là-bas l'étable et la maison.

Mais ne déviez pas, la solitude est grande :
À droite comme à gauche alors vous erreriez
À travers la bruyère et les genévriers,
Et la nuit sans abri vous prendrait dans la lande. »