lundi 24 novembre 2025

Jean Rebier • La laitière | Les rendez-vous du vers






La laitière




Jean Rebier





À l’heure où souriant au milieu des vergers
Que l’aube argente encore de ses brouillards légers,
Avec des bruits joyeux le village s’éveille,
Pendant que la servante accourt emplir sa seille
À la source qui brille entre les noisetiers
Et que vers les guérets s’empressent les bouviers,
Rose et fraîche et l’œil clair, Marguissou la laitière,
Ayant sur son jupon noué sa devantière,
Pour la ville est partie avec ses pots ventrus.
Mille chansons d’oiseaux sortent des buissons drus,
Et l’âne, allègrement, remorque sa charrette.
Marguissou ne fait pas les rêves de Perrette,
Mais son cœur est léger comme le bleu matin,
Où le son des grelots met un rire argentin.
Saine fille des champs qui va, de porte en porte,
Offrir le lait crémeux et pur qui réconforte ;
Elle sait que là-bas, au fond des noirs faubourgs,
Chacun ne mange pas à sa faim tous les jours,
Et souvent, dans un bouge infect où l’on s’entasse,
Charitable, elle a dû pour rien emplir la tasse
Que présentait, tremblante et sans dire un seul mot,
Une femme sordide en montrant son marmot.
Aussi, dès qu’elle aura, pimpante et gracieuse,
Versé tout son lait frais, elle prendra, joyeuse,
La route qui serpente entre les prés herbeux
Où les gars turbulents font pacager les bœufs,
Et, pour avoir frôlé ces tristes fourmilières,
En revoyant son mas aux maisons familières
Et son époux robuste et son enfant rieur,
Elle comprendra mieux le prix de son bonheur.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire