Trains de bois
Édouard Michaud
Ce n’est plus maintenant qu’un souvenir, hélas !
Tant l’homme marche vite et tant l’heure s’épuise,
Et je les vois encor déferler sur l’eau grise
Contre la berge basse et les longs bateaux plats.
Ils arrivaient des tucs lointains plantés de chênes
Où la forêt fait suite à d’indigents pâtis,
Semblables, se heurtant en de sourds cliquetis,
Aux chaînons mal soudés d’une géante chaîne.
Vers le pont Saint-Étienne au sextuple éperon,
Un barrage dressait, taillé de main rustique,
Trois fûts d’arbres pareils, renflés et fantastiques
Et vivants presque avec leur mousse en chaperon.
C’est là que se brisait le train vaste, tumulte
Moins actif par degrés, les bûches se casant ;
Et pour peu qu’au déclin le soleil fût en sang
Et qu’au vent persistât une hivernale insulte,
On croyait, à fixer les bûches, assister,
Quand la corolle est proche et que l’avril commence,
Et bien qu’on fût alors aux premiers jours d’été,
Au spectacle craquant de la débâcle immense.
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